Short stories

Chapitre 1

Je m’appelle Ella. Ella Smith. J’ai cinquante-cinq ans et j’enseigne la littérature dans un lycée. J’aime bien la photographie de Vivian Maier, passer des heures dans des musées, écouter du jazz, les enfants et, bien sûr, les livres. J’ai la chance de partager ma vie avec un homme magnifique qui s’appelle John Smith, ou le docteur-sourire, comme les infirmières le connaissent à l’hôpital. Il est pédiatre et il adore les enfants. Surtout les faire rire et les rassurer qu’à la fin du traitement il va leur donner des bonbons sans sucre, pour que maman soit contente aussi. Je pense que c’est son grand amour pour les enfants qui m’a fait tomber amoureuse de lui, il y a trente ans. Mais j’avoue qu’un rôle essentiel l’a joué aussi cette nuit-là de juin, quand “nous étions très pauvres et très heureux”, nous buvions du vin sur les quais de la Seine en nous amusant des Français qui nous regardaient dégoutés, parce que nous parlions et nous riions un peu trop fort pour la stricte étiquette parisienne. Et il faut dire qu’il a su comment gagner mon coeur pour toujours, en me récitant, avec sa voix grave et son accent américain parfait, que je n’aurais jamais arriver à l’avoir, un de mes poèmes préférés :

You are not your age,

Nor the size of the clothes you wear,

You are not a weight,

Or the color of your hair.

You are not your name,

Or the dimples in your cheeks,

You are all the books you read,

And all the words you speak,

You are your croaky morning voice,

And the smiles you try to hide,

You are the sweetness in your laughter,

And every tear you’ve cried

Comment il a su que j’aimais particulièrement ce poème-là ? Il ne me l’a jamais dit, mais je pense que Marija, ma collègue serbe du master avec laquelle j’étais bonne amie et à laquelle j’avais témoigné plusieurs fois à quel point j’aimais Hemingway, lui avait passé cette information. Finalement, nous partagions, tous les trois la même cuisine du deuxième étage à la Cité internationale à Paris, car voilà, c’est là où nos chemins se sont croisés pour la première fois. Moi, j’étais une étudiante venue de l’Europe de l’Est qui vivait son rêve de suivre des cours de littérature comparée à la Sorbonne et qui voulait changer le monde avec ses écrits, lui c’était un étudiant des États-Unis qui voulait soigner et faire rire les enfants et qui vivait son rêve de passer une année d’échange en Europe.

Je pense, jusqu’à maintenant, que cette nuit-là de juin a tout changé. Nous nous connaissions déjà depuis quelques mois, mais c’est cette nuit-là d’été qui m’a fait que je me demande si peut-être ce n’était pas ce garçon de 1m90, avec les cheveux bruns, les plus beaux yeux bleu ciel et un humour comme pas beaucoup d’étudiants à la médecine l’ont d’habitude…c’était the one and the only. Même avant, il me semblait quelqu’un d’intéressant, car j’avais toujours admiré son intelligence et ses bonnes manières, mais ce six juin, j’ai senti pour la première fois que j’aimerais rire à côté de lui pour toute une vie. Si vous allez lui demander, il a toute une autre version. Il dit qu’il a senti la même chose depuis la première fois que nous nous sommes rencontrés devant la porte de notre bâtiment, le jour où j’étais trop énervée parce que je n’arrivais pas à trouver ma clé dans mon petit sac noir, où on pouvait découvrir tout un univers , en commençant par des billets d’entrée à l’Opéra jusqu’aux bonbons aux plantes Ricola, sauf cette clé qui coutait 70 euros si je la perdais.

-Mais nooon ! C’est pas possible !!

-Vous avez besoin d’aide ?

– Merci ! Vous êtes gentil. Je pense que j’ai perdu ma clé…Voilà, c’est seulement moi qui pourrait le faire !

-Je pense que votre clé est à côté de votre pied droit. La voilà !

-Mais j’ai vraiment la tête dans les nuages aujourd’hui. Je pense qu’elle est tombée quand j’avais sorti mon portefeuille. Je vous remercie ! C’est quoi votre nom ?

-John.

-Ella. Enchantée !

-Vous habitez quel étage ?

-Le deuxième. Et vous ?

– 204. Mais on est des voisins ! Allez, cher voisin…je vous invite à partager un déjeuner 5 étoiles pour m’avoir sauvé aujourd’hui. Je suis capable de ‘cuisiner’ des pâtes et faire du bon café. Comme bonus, je peux vous réciter et même vous écrire de la poésie. Là, je suis un peu plus experte qu’en ce qui concerne l’univers des carottes. Vous en pensez quoi ?

– C’est déjà pas mal !

Actuellement, on passe nos jours dans la ville de San Diego dans la compagnie de notre labrador noir, Duke, dans une belle maison typiquement américaine, avec un jardin où ce trouve l’arbre sous lequel j’aime bien lire et une grande pelouse verte, pas trop loin de l’océan, comme j’aime depuis toujours cette grande masse d’eau qui m’inspire et qui me donne de la tranquillité. Avant, la maison était animée par notre fille unique, Joan, mais maintenant, elle ne vit plus avec nous, comme elle est étudiante en médecine à Stanford, en suivant son rêve d’enfant de soigner le cœur des gens. Je ne sais pas vraiment comment elle est arrivée à ne pas vouloir que ça, depuis qu’elle était assez petite, peut-être ça a été le boulot de son père qui l’avait inspirée, mais je suis contente quand je l’entends chaque fois avec quelle passion elle parle de ses nouvelles expériences dans l’univers qu’elle partage avec son papa adoré.

D’habitude, quand je ne me sens pas inspirée à écrire à 2h du matin, je ne me retrouve pas à cette heure-ci dans ma cuisine en buvant du vin blanc, mais je dors à côté de mon mari. Mais vu tout ce que nous avons vécu pendant la dernière semaine, je n’arrivais plus à fermer mes yeux. C’est pour cela que j’ai décidé de laisser John dormir tranquillement, comme demain allait être une journée chargée et je suis venue ici pour que je puisse réfléchir et essayer de calmer la tempête qui était dans ma tête et dans mon âme maintenant.

Je n’arrive pas à comprendre…comment c’était possible ? Pourquoi Dieu permet ce genre de truc ? À quoi ressembleront les années à venir ? Pourrai-je vivre tout ça ? Et après, c’est Joan aussi. Je devrais lui dire tout…

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s